A l'Ouest de Babylone

 

A l’Ouest de Babylone, se trouve tout et son contraire. Son histoire comme son devenir. Le temps s’y effondre. C’est comme si l’on referme une ligne droite sur elle-même et qu’il n’y a plus ni début ni fin. Juste une succession d’avants et d’après interchangeables. Des cendres à Babylone, de Babylone aux cendres, descendre à Babylone ; une boucle à mille facettes. A l’Ouest de Babylone se trouve ce qu’elle a été et ce qu’elle sera. 

On peut avoir l’impression d’y voir les croquis d’un carnet de voyage sur une autre planète. Des croquis bien léchés qu’aurait effectué le protagoniste d’un roman fantastique de la première moitié du XXème siècle. Ou encore la retranscription figurative d’un petit trip fantasmagorique qu’aurait commis Vasko, allégorie du crime. On peut tout y voir : un ici récurrent de 4,5 milliards d’année, comme un ailleurs intemporel.

 

A une échelle de temps plus humaine et avec une géographie plus conventionnelle, on peut très bien y voir une banlieue de Babylone. En marge de Babylone. Une banlieue rurale, montagnarde, à l’abri d’une Babylone « mature » et de ses radiations – une Babylone préhistorique, en quelque sorte. Ou alors une banlieue hostile, sur laquelle aucune lumière ne s’est encore suffisamment attardée pour suffisamment la chauffer. Et encore moins la brûler…

 

C’est principalement cet Ouest-ci que j’y vois. J’y vois l’ailleurs d’un autre monde aussi, le demain et l’hier du notre, mais j’y vois surtout les hors-champs de Babylone : l’ailleurs d’une de nos bonnes vieilles Babylone comme il y en aura toujours. J’y vois les oubliés de Babylone. Ou alors ses rescapés. Ainsi que les fantômes et aïeux d’autres Babylone. 

Un Ouest sans tambour ni trompette qu’on entend des lieues à la ronde. Un Ouest sans strass ni paillette qui scintille aux quatre vents. Un Ouest, enfin, à l’abri de Babylone. A l’abri mais aussi dans sa respiration. Un Ouest qui puise sa lumière dans ses propres entrailles en recyclant les miasmes de Babylone. Une Babylone qu’il subit autant qu’il en dépend, en se demandant jour après jour ce qu’il lui faudra ensuite incorporer. 

C’est l’Ouest des rêveurs pragmatiques qui transforment le superflu en essence, l’inutile en indispensable, et réaniment les clichés boiteux. L’Ouest de ceux qui ne mettent pas de gant, puis plongent leur bras jusqu’à l’os dans leur tripes pour y chercher leur air. Un Ouest comme il y en a toujours eu, en somme. L’Ouest intemporel, complémentaire et consécutif à Babylone. L’Ouest infini, sans location définitive, qui apparaît ici ou là en plus ou moins faible quantité. 

A l’Ouest de Babylone, peut en outre représenter une foule d’autres choses, mais ne peut en toute objectivité pas nous révéler autre chose que ce que l’on trouve déjà en soi. 

 

                                                                                                                                                Armand D

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